Ysmercy Salomon
Actress

« Frivole » ; « coquine » ; « amusante » ; « densément puissante » ; « intensément érotique » : les descriptions d'Ysmercy Salomón sur la scène sont incroyablement variées. Elle joue une blonde délurée, fumeuse invétérée à l'allure de travesti maniéré (Sidonie von Grasenabb dans The Bitter Tears of Petra Von Kant) et une jeune et sage princesse athénienne au coeur altruiste et pur (Aricia dans Phèdre de Racine). Et pourtant, cette femme de 29 ans n'est pas encore arrivée au sommet de son art.

Étoile montante de la troupe Teatro El Publico de Carlos Diaz, Ysmercy est née à La Havane dans le quartier populaire de Santo Suarez en 1981. Un groupe d'acteurs professionnels travaillaient avec les enfants du quartier, et de 7 ou 8 ans à 12 ans, Ysmercy a participé à leur projet. Elle a développé une personnalité magnétique et à l'adolescence elle a souvent initié des productions spontanées avec des jeunes enfants du quartier. « Mon père était journaliste et lorsque j'étais petite, il me donnait un bâton et me regardait m'en servir de micro », dit-elle aujourd'hui en riant. « Il me racontait des histoires et je les racontais aux autres enfants au parc. Mais ma mère dit `qu'elle est une artiste du dimanche', et que donc mon goût pour la scène me vient d'elle ».

Bien qu'elle ait emprunté une filière scientifique au lycée, Ysmercy a ensuite intégré directement l'Instituto Superior de Artes (ISA) de Cuba et a étudié le théâtre avec Carlos Celdran, un monument de la scène cubaine. Après son diplôme, elle est restée à l'ISA comme professeur, mais deux plus tard un autre réalisateur légendaire, Carlos Diaz, l'a invitée à rejoindre sa troupe. Le Publico venait d'instituer sa « journée du théâtre allemand » - une journée comme une autre, bien que consacrée à la littérature et aux pièces de théâtre allemandes. La première fut Klaras Verhältnisse (Les relations de Klara) de Dea Loher ; la grâce et la maîtrise d'Ysmercy dans le rôle de Klara lui ont valu le prix de la meilleure jeune actrice.

« C'est comme ça que ma vie avec le Publico a commencé », dit-elle en souriant. « Puis j'ai grandi avec le rôle, parce que s'il y a bien une chose qui caractérise le Publico, c'est que nous faisons 100, 150 représentations d'une même pièce. Donc nous avons sept, huit, voire neuf mois pour travailler sur le même script ».

Elle qualifie Carlos Diaz de « maître de la beauté, du travail, de la régularité et de la constance sur scène... La façon dont il aborde les pièces m'intéresse ; qu'elles soient allemandes, françaises ou polonaises, vous savez que le public sent qu'un spectacle cubain est né, parce que ces circonstances deviennent les circonstances de notre Cuba ».

Avec The Bitter Tears, dans laquelle Ysmercy a joué une Sidonie convaincante, la troupe du Publico a voyagé pour la première fois à Miami en 2010 pour participer à un festival. « C'était une expérience très forte pour moi, c'est la deuxième fois seulement que je quittais Cuba : en 2006 je suis allée au Costa Rica pour donner des cours, mais c'était la première fois en tant qu'actrice. Et ce fut un moment très intense parce tous les acteurs cubains qui vivent là, et tous les cubains qui vivent à Miami et en Floride, sont venus voir notre travail avec un désir intense de découvrir le style de théâtre que nous faisions.

« Ma passion première est le théâtre », affirme Ysmercy. « C'est ce que j'ai toujours voulu faire, ce que je voulais avoir fait, ce que je veux faire chaque jour de ma vie ». Et elle continue à donner des cours. Parfois ses étudiants s'émerveillent devant sa capacité à jouer le même rôle pour la 100ème ou la 150ème fois. Sa réponse : « Peut-on être fatigué de vivre ? ».