Yissy García
 
Percussionist

Chano Pozo est l’archétype même du batteur de jazz afro-cubain, le « conguero » pionnier dont l’influence sur le jazz a fait le tour du monde. Il a écrit « Manteca » alors qu’il faisait partie du groupe Dizzy Gillespie. Il avait des avant-bras de la taille d’un tronc d’arbre. Il est décédé en 1948.

Quelque part aux antipodes du genre, dans le petit appartement de La Havane où elle vit avec ses parents, ses frères et sœurs et sa grand-mère, Yissy est assise derrière une batterie moderne. C’est vrai : elle ne joue pas des congas aujourd’hui. Elle n’a pas encore trente ans, possède la silhouette bien dessinée d’un top model et joue comme si elle était déjà la légende qu’elle semble sur le point de devenir.

De retour au bercail et ivre de joie après une tournée aux États-Unis, « la terre du jazz ! », où elle a été reçue les bras ouverts, Yissy attend avec impatience la sortie imminente de Última noticia, l’album qu’elle a enregistré avec son projet, Bandancha, après une campagne de levée de fonds en ligne couronnée de succès. Le concept unique ? Faire danser les gens avec du jazz et dépoussiérer le genre en le mélangeant à de la rumba, du reggae, du funk et de la musique électronique. Elle a même ajouté un DJ à la composition permanente.

«Il y a longtemps, j’ai assisté au concert d’un pianiste que j’aime beaucoup, Herbie Hancock, et il avait un DJ pour du jazz », se remémore-t-elle. « Cela m’a beaucoup marquée et je me suis dit que j’aimerais faire de même lorsque j’aurais mon propre groupe».
 
Née dans le quartier très musical de Cayo Hueso, Yissy est la fille de Bernando García, l’un des membres fondateurs du légendaire groupe Irakere. Pourtant, suivre les traces de son père n’est pas dans les projets de Yissy, qui s’inscrit à des cours de danse étant enfant, mais plutôt dans ceux de son frère. Ironie du destin ou non, c’est son frère qui est devenu danseur et Yissy a repris les percussions.

Pour Yissy, collaborer est naturel et elle a fait partie de Maqueque, un groupe de jazz afro-cubain exclusivement féminin rassemblé par la saxophoniste soprano canadienne Jane Bunnett, ainsi que d’Interactivo, le groupe expérimental dirigé par le pianiste Roberto Carcassés. « Je suis une musicienne curieuse de nature », affirme-t-elle. « Je me nourris de la richesse des autres projets ». Son nouvel album ne fait pas exception et elle a invité des artistes tels que Danay Suárez, Yusa et Kelvis Ochoa dans l’aventure. 

Derrière sa batterie, Yissy fait montre de bases solides en matière de clave, une tradition Yoruba qui constitue les fondements d’une grande part de la musique cubaine, mais ce n’est qu’un point de départ pour elle. Les baguettes de Yissy prennent de la hauteur avec une fougue telle qu’on la remarquerait dans n’importe quel groupe de rock. Puis elle ralentit dans une série de riffs be-bop plus calme qui rappelle un tant soit peu Kenny Clarke ou Max Roach. On croirait qu’elle est capable de tout jouer.
Faites places, Chano. Une nouvelle batteuse débarque en ville et elle est prête à envahir le monde.