Luis Alberto García
Acteur cubain

Luis Alberto García est l'un des deux acteurs cubains les plus connus au monde (l'autre étant son ami « Pichi » Perugorría), mais il ne considère par la célébrité comme un véritable accomplissement. « Bien sûr, les gens de Cuba me reconnaissent », a-t-il affirmé en haussant les épaules, « mais je ne me sens pas pour autant supérieur à eux parce que je suis un artiste. Nous sommes tous Cubains. »

Il s'est confié à Havana Cultura dans un petit coin paisible du Gran Parque Metropolitano, l'un des plus grands espaces verts urbains au monde. C'était un choix intéressant pour une interview, étant donné que cette étendue verdoyante de 700 hectares longeant le fleuve Almendares incarne toutes les contradictions familières à un véritable habanero, tel qu'Alberto García. Des décennies de pollution industrielle ont laissé leur empreinte sur le Parque Metropolitano et les divers projets mis en œuvre pour le nettoyer et le régénérer ont encore beaucoup à faire.

Pourtant, ce parc reste un endroit très apprécié pour les pique-niques, fêtes d'anniversaires et concerts en plein air, et Luis Alberto fait partie de ceux capables d'apprécier ce que le Parque Metropolitano a à offrir tout en sachant très bien ce qui lui manque. Il admire à la fois la splendeur d'une forêt urbaine et la dégradation mélancolique de l'environnement et affirme : « Ce parc demeure un endroit très agréable. »

Luis Alberto est né à La Havane en 1961 et affirme n'avoir jamais sérieusement considéré d'autre carrière que le cinéma. Il a grandi autour des plateaux de tournage et scènes de théâtres, développant ainsi son goût pour le showbiz aux côtés de son père (également un acteur appelé Luis Alberto García). Après avoir obtenu son diplôme de l'Instituto Superior de Arte Superior (ISA) de La Havane en 1984, Luis Alberto a commencé à travailler sur Algo Mas Que Soñar, une série télé à propos de quatre jeunes hommes envoyés se battre en Angola. Grâce à ses valeurs en termes de production cinématographique et à son obstination à ne pas romancer la guerre, cette série a tout autant marqué un tournant décisif pour la télévision cubaine que pour la carrière de Luis Alberto.
 
En 1986, il est passé au grand écran à l'occasion de Dolly Back, un court métrage de Juan Carlos Tabío. L'année suivante, il était la vedette de En 3 y 2, son premier long métrage. Aujourd'hui, il compte plus de 60 premiers rôles à son actif, parmi lesquels on retrouve de grands classiques cubains tels que Clandestinos (1987), Plaff (1989), Adorables Mentiras (1990), Guantanamera (1995), La Vida es Silbar (1998), Un Paraíso Bajo las Estrellas (1999), Perfecto Amor Equivocado (2003), Madrigal (2006) et El Premio Flaco (2008). Il a remporté de nombreuses récompenses en tant qu'acteur et a représenté le cinéma cubain à l'occasion de festivals aux quatre coins du monde. Il a également trouvé le temps de jouer pour la télévision et le théâtre, mais affirme : « Je préfère le cinéma à toute autre forme d'art. Le théâtre est trop fatigant et à Cuba, comme partout ailleurs, il est difficile de gagner sa vie sur les planches. En ce qui concerne la télévision, la plupart du temps les choses vont trop vite au détriment du produit final.»

Bien qu'il soit apparu dans des films réalisés ou financés en dehors de Cuba (dont le plus récent est la réalisation franco-espagnole Siete Días en La Habana (Sept jours à La Havane)), il est convaincu que l'industrie cinématographique cubaine est de taille à se mesurer aux autres pays du monde. « J'ai découvert avec grand plaisir que les techniciens cubains (ceux qui fabriquent les films à Cuba) peuvent facilement travailler n'importe où dans le monde. Et le cinéma cubain s'avère être une excellente école pour les acteurs. »

Comme exemple pertinent et pourtant improbable de cet enseignement, il cite l'expérience qu'il a vécue sur le tournage de Clandestinos avec le célèbre réalisateur cubain Fernando Pérez. « [Pérez] avait déjà plusieurs documentaires à son actif, mais Clandestinos était son premier court métrage de fiction. Il s'est adressé à Isabel Santos et à moi [les premiers rôles masculin et féminin du film] et nous a dit : « Écoutez, je ne sais pas vraiment comment diriger les acteurs. Je suis aussi nerveux que vous, mais je pense que tous ensemble nous pouvons arriver à faire quelque chose de mieux qu'individuellement ». » Pérez avait raison, bien évidemment. L'interprétation de Luis Alberto lui a valu le prix national du Meilleur acteur en 1988, et Clandestinos est depuis devenu l'un des films cubains les plus appréciés.