Los Aldeanos 
Duo de rap

Depuis les premiers mixs à Kingston et les premières performances de breakdance au Bronx, le mouvement hip hop a profité de l'apport constant de jeunes rebelles et revendicatifs qui ont su créer de nouveaux sons. A New York, le berceau du hip hop, les rappers devaient, à défaut de canaux officiels, trouver des modes d'expression alternatifs. Aux yeux des producteurs américains des années 1970, le rap n'était tout simplement pas de la musique, de la même façon que les graffitis n'étaient pas de l'art et que le breakdance n'avait rien à voir avec la danse. Dans ce contexte, le hip hop est resté un courant alternatif et ses musiciens condamnés à jouer là où ils pouvaient, à savoir dans les parkings, sur les terrains de basket, dans des endroits typiquement marginaux. Qui aurait pu s'imaginer que le hip hop deviendrait, pour reprendre l'expression du National Geographic, le « phénomène culturel le plus en vogue parmi la jeunesse » ?

Tandis que le hip hop virait dans les années 1990 vers la culture bling bling et la publicité de marques de luxe, deux rappers de La Havane ont relevé le défi de renouer avec les origines alternatives du mouvement. Aldo Roberto Rodríguez Baquero (Aldo) et Bian Oscar Rodríguez Gala (El B) se sont fait les porte-drapeaux du hip hop et n'ont pas rechigné sur les moyens. Ils décidèrent de poursuivre leur carrière musicale sans l'aide de l'agence cubaine pour le rap, l'organisation gouvernementale qui met les artistes en contact avec les salles de concert et qui assure la promotion des événements à Cuba.

« Nous voulions nous engager, explique Aldo, et devenir un groupe qui lutte pour une cause. Un groupe dont l'acte de naissance serait la prise de conscience de problèmes qui affectent un grand nombre de jeunes cubains. C'est ça Los Aldeanos ».
Aldo et EL B ont donné leur premier concert en tant que Los Aldeanos (qu'on pourrait approximativement traduire par « Les Villageois ») en 2003. Leurs prouesses lyriques se sont fait connaître à La Havane dans un premier temps, puis dans le monde entier. Hormis leurs compositions et travaux de production en solo, Los Aldeanos ont sorti six albums qui ont rencontré une certaine popularité : Censurados (2003), Poesía Esposada (2004), L3y8 (2004), En 3 T La Musas (2005), Abajo Como Hace 3 Febreros (2006), et El Atropello (2009). Les prix ont été au rendez-vous : le Rap Plaza à Cuba pour leur chanson « A veces Sueño » en 2003; El B a remporté pendant deux années consécutives la très controversée « Batalla de los Gallos », compétition de freestyle sponsorisée par Red Bull. En 2009, Los Aldeanos fut nommé Meilleur Groupe de Rap par le programme de télévision Cuerda Viva.

Compte tenu du succès de leurs chansons (les fans connaissent toutes les paroles par cœur), Aldo et El B devraient être en train de célébrer leur anniversaire au da club. Mais c'est là où Los Aldeanos diffèrent radicalement de tout numéro de rap US : ils sont extrêmement célèbres, mais pas si riches que ça. Plus ils sont devenus célèbres, plus ils sont restés alternatifs. A commencer par le fait qu'aucun des albums mentionnés ci-dessus n'a connu une sortie officielle. Pour les trouver, vous n'avez qu'à chercher ou à attendre votre chance.
 
Los Aldeanos est le groupe le plus en vogue, mais quand il s'agit de les voir en concert, la tâche se complique. Les salles de concert habituelles de La Havane, celles qui pourraient accueillir les fans de Los Aldeanos, refusent de les faire venir. Le duo a été accusé d'avoir exprimé des opinions anti-socialistes dans leurs paroles bien qu'Aldo et El B s'en soient défendus à plusieurs reprises en affirmant être « prorévolutionnaires, à savoir dans le sens où on souhaite que les choses s'améliorent pour notre peuple ».
Pour ce qui est de leurs paroles, voilà ce que El B a à dire : « America' (de l'album solo d'El B, Dr. Jekill & Mr. Hyde, 2008) est une chanson qui ne parle pas uniquement des problèmes cubains, mais des problèmes qui affectent toute l'Amérique latine ». Aldo mentionne le titre de la chanson de son album solo, Miseria Humana (2008) : « La misère humaine dont je parle, c'est celle des Cubains d'aujourd'hui, le manque d'argent et le besoin de solidarité»

La controverse qui poursuit Los Aldeanos depuis le début serait-elle un grand malentendu ? Le New York Times serait-il en partie coupable ? Un article du Times de 2006 n'a pas été jusqu'à faire dire des commentaires incendiaires à Aldo ou El B, mais titrait « L'avant-garde du rap cubain prend ses libertés » et incluait Los Aldeanos dans la liste. Cela semble avoir été suffisant pour les classer parmi les fauteurs de troubles potentiels, ou du moins pour les maintenir à l'écart des circuits officiels de diffusion.

« Les gens m'étiquettent toujours d' « alternatif », explique Aldo, à cause de mon mode de vie, parce que je ne suis pas indifférent, parce que quand je vois un aveugle dans la rue, je l'aide à traverser, parce que quand je vois une femme enceinte dans un bus, je lui cède ma place, parce que j'évite les problèmes et me soucie de mes frères et les incite à s'entraider. Si c'est ça être alternatif, et bien oui, je suis alternatif ».