Juana Bacallao 

Juana Bacallao, alias «Juana La Caliente» et «Juana La Cubana», fêtera bientôt son 90ème anniversaire. Vous pensiez que, à présent, cette femme excentrique surnommée la déesse noire des cabarets cubains profiterait d’une retraite tranquille. Pourtant, Juana Bacallao met encore le feu aux pistes de danse de La Havane avec des représentations hebdomadaires dans l’un des principaux cabarets de la capitale, El Gato Tuerto.

La légende dit que le célèbre musicien et artiste de music-hall cubain Obdulio Morales a découvert Neris Amelia Martínez Salazar — une orpheline qui travaillait comme femme de ménage dans La Havane des années 40 – lorsqu’il l’a entendue chantonner tandis qu’elle nettoyait un escalier. Il lui a proposé de passer une audition pour un rôle dans un spectacle qu’il préparait au Teatro Martí et l’a surnommé » «Juana Bacallao». « Je me disais souvent ‘Quel horrible nom  !’ et Obdulio me répondait ‘Et bien, c’est le nom qui va te rendre célèbre’ », se souvient-elle.

Il a fallu des années pour que Juana Bacallao obtienne la reconnaissance artistique qu’elle méritait. Ses apparitions étaient proscrites des stations de TV d’avant et après la révolution en raison de leur soi-disant vulgarité. Pourtant, elle est parvenue à se faire un nom, faisant des ravages dans les fêtes populaires et locales. Elle s’est finalement produite dans les cabarets les plus prestigieux de La Havane — Tropicana, Copa Room, Parisien, Salón Rojo… — et a partagé la scène avec Benny Moré, Bola de Nieve, Meme Solís, Celeste Mendoza, Nat King Cole, Omara Portuondo et Elena Burque.

«J’ai beaucoup d’expérience !», lance-t-elle sans une once de fausse modestie. Et en effet. Ses spectacles l’ont conduite aux États-Unis, au Mexique, au Venezuela, en République Dominicaine, en France et en Espagne. Un soir, pendant un spectacle à Las Vegas avec Tropicana, elle s’est rendue compte que Michael Jackson était assis au premier rang. Une autre icône de la pop, Beyoncé, est venue rendre hommage à la légende vivante qu’est Juana Bacallao au Gato Tuerto lors de sa visite ultra-médiatisée à La Havane.
«Seul Dieu me fera prendre ma retraite car je suis suffisamment en forme pour rester sur scène », conclut-elle. «Mais si les gens ne vous aiment pas, mieux vaut redescendre. Je ne veux pas être une caricature ».