Arema Arega 
Chanteuse - compositrice

Elle semble être partout à la Havane. Ses chansons sont à la radio, elle chante et joue de la guitare dans les studios d'enregistrement et les boîtes de nuit, et un jour nous trouvons Arema Arega assise dans le vestibule de notre hôtel, serrant contre elle un cahier épais plein de dessins et de paroles écrites à la main. Son entretien avec Havana Cultura n'est pas prévu avant le jour suivant, mais elle est impatiente que nous voyions son travail artistique. Elle nous passe le cahier et regarde attentivement au fur et à mesure que nous tournons les pages pleines de sirènes, d'Arlequins et d'autres fruits de son imagination colorés avec éclat. Tandis que nous lui rendons son cahier, nous nous rendons compte que, (a) ceci ressemble aux rêves d'Arema, et (b) Arema n'est pas disposée ou est incapable de garder ses rêves pour elle.

Arema est l'une des interprètes les plus généreuses que vous puissiez voir. Elle fait tout ce qu'elle peut pour que le public se sente moins comme une foule et plus comme une partie de sa représentation. Pendant que l'équipe de Havana Cultura la filmait, elle a insisté pour que nous chantions (« ay, ay, ay ») tandis qu'elle nous accompagnait à la guitare acoustique. Un autre soir, elle a tiré l'un d'entre nous sur scène afin qu'il joue de la basse pour elle. Elle passe de la soul au rap et à la trova, de l'espagnol cubain à l'anglais de Brooklyn, et elle chantera en français si elle pense que vous aimeriez cela.

Ses chansons ont tendance à couler ensemble jusqu'à ce que vous ne soyez pas sûr d'où elles commencent ou se terminent. Avec plus de 200 compositions originales dans son répertoire, les spectacles d'Arema peuvent durer aussi longtemps que le public en redemande ou jusqu'à ce que même la plus accommodante salle de concert doive fermer pour la nuit. « Pour moi, la scène n'a pas de limites », dit Arema, déclarant l'évidence. « La scène inclut tout, même là où le public est assis. Je n'aime pas que les musiciens doivent s'asseoir loin du public. Il doit y avoir un esprit de complicité. Parfois, je sens que nous formons ensemble un pont, un pont vers un lieu merveilleux. »
 
Nous apprenons de son curriculum vitae (qu'elle nous a fourni dans un anglais irréprochable) qu'Arema Arega-Negussie Gonzalez est née le 25 juillet 1979 dans la ville russe de Voronezh, d'un père éthiopien et d'une mère cubaine. Elle a grandi à la Havane et a découvert la musique quand elle avait 14 ans. Elle nous dit qu'elle a fait des études pour être peintre « jusqu'à ce qu'un jour, une flopée de chansons m'est venue et j'ai dû les laisser sortir ».

Arema subvient à ses propres besoins grâce à sa musique et à des illustrations occasionnelles pour des livres et des revues. Quand elle veut écrire des chansons, elle se dirige vers la Plaza de Armas à Habana Vieja. Elle joue et chante sous les palmiers et les ceibas, enregistrant ses idées sur un petit enregistreur numérique. Si les gens se rassemblent en rond pour l'écouter comme ils le font souvent — eh bien, elle n'a aucune objection.

A une occasion particulièrement mémorable, Sting, qui visitait la Havane en janvier 2007 et traversait le quartier de la Plaza de Armas pendant l'une des sessions de répétition d'Arema, s'est retrouvé dans son public. Arema s'est lancée dans une improvisation de rap cubain typiquement branché et typiquement inspiré et elle a été récompensée par une chaude salve d'applaudissements de la star de la pop britannique. Elle a présenté à Sting un CD de sa musique et il est parti en disant qu'il resterait en contact. Une chance de rencontre comme celle-ci n'arrive qu'une fois dans une vie, n'est-ce pas ? Le seul problème, Arema s'en est rendu compte plus tard, était qu'elle avait oublié de laisser à Sting son numéro de téléphone ou un autre moyen de la contacter. Tout ça pour dire que l'idée de ce talent d'autopromotion est un des dons d'Arema.

Heureusement, Arema a eu une deuxième chance d'emmener sa musique vers un public international quand le producteur anglais Gilles Peterson est venu en ville et lui a demandé d'apparaître sur sa dernière compilation cubaine, Gilles Peterson Presents Havana Cultura : The Search Continues (Brownswood Recordings). La collection à double CD présente Arema sur deux morceaux remarquables : son air acoustique signé, « Ay », et un duo romantique avec le rappeur Alexey Rodriguez alias El Tipo Este.